Digulleville sous la Révolution

Pro et Anti Révolution

 Comme partout, la commune se partagea entre les partisans de la Révolution et les opposants. D'après Jean Danneville – en 1864, "une très grande partie des habitants de Digulleville resta fidèle à sa religion, et se montra toujours ennemie des extravagances révolutionnaires…. Malheureusement, quelques-uns des paroissiens embrassèrent chaudement le parti de la révolution et persécutèrent ceux qui restèrent fidèles. D’après eux, il n’était pas permis de se raser le dimanche, de changer de chemise et d’habit ; c’était un crime à leurs yeux de s’abstenir du travail et de prier ce jour-là. 

Doit - on y voir  une tentative de mise en place du calendrier révolutionnaire, basé sur une semaine de dix jours et entraînant la disparition du dimanche ? Ce calendrier, qui entraînait  un surcroît de 15 jours de travail, fut refusé partout .

Quelques faits

 Une croix appelée la croix du Bon Repos, fut brisée dans une nuit, celle du cimetière eut le même sort, sans qu’on sache par qui le crime fut commis.

Et un arbre de la Liberté fut planté au centre de la commune, et une injonction fut faite à tous d’aller l’embrasser en criant, vive la liberté ! Mais ce malheureux arbre eut le sort de nos croix ; Il fut arraché, foulé aux pieds pendant une nuit obscure, sans qu’on eut jamais connu les auteurs de cet attentat, malgré toutes les recherches ...

Assassinat

Le fait le plus mémorable qui soit arrivé à Digulleville  est la mort tragique du principal révolutionnaire de la commune, nommé Guillaume Néel, surnommé Desfontaines. Esprit turbulent et méchant, tout plein des principes révolutionnaires, il devint un être dangereux pour tous les honnêtes gens ; et surtout pour les prêtres et les nobles. On a cru et on croit encore qu’il avait signalé au pouvoir exécutif quelque membre d’une grande famille qui, pour se venger de lui, lui envoya trois émissairesarmés jusqu’aux dents.

Marianne
Marianne

Arrivés tous les trois à destination près de la ferme de l’Enfer, où habitait le citoyen Néel, l’un d’eux met pied à terre, aborde le citoyen Néel qui revenait de sa basse-cour,  lui remet une lettre et pendant que celui-ci la décachette, l’éclaireur prend son pistolet et le lui décharge en pleine poitrine. La détonation fait sortir sa femme et ses enfants, les voisins ; mais l’assassin est remonté à cheval et fuit à toutes jambes avec ses compagnons, et leur nom est resté ignoré jusqu’à ce jour. On fit sonner le tocsin, toute la paroisse fut sur pied pendant toute la nuit, on courait de tous côtés et en tous sens, mais pas moyen de trouver celui qui avait fait le coup, il était loin. Ce fait inattendu intimida si fort quelques révolutionnaires enragés de Digulleville et des environs, qu’ils se croyaient tous perdus.

Des conséquences insoupçonnées

 Mais le gouvernement républicain ne laissa pas longtemps respirer la pauvre paroisse de Digulleville ... Il envoya des soldats, lui demanda 20 000 S d’impôt extraordinaire, deux années de ses contributions ordinaires pour le dédommager de la perte qu’il avait faite dans la personne du citoyen Néel, le 8 pluviôse, an 6 de la république ( 27 janvier 1798 ). Et ce ne fut qu’après avoir prouvé son innocence qu’elle put être déchargée de cet impôt et des soldats qui la vexaient journellement et qui étaient pour la plupart casernés dans l’église où ils ne sortaient que pour le mal.

Jean Danneville ( enquête épiscopale - 1867 )

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